Traduction de texte lu à l'antenne le vendredi 22 janvier 2010 de la radio Europa Libera, consutable en roumain ici
Céline Jankowiak, apprentie journaliste française
en stage durant deux mois à l'hebdomadaire “Ziarul de Garda“.
Semaine du 18 au 22 janvier 2010
Lundi - Je traque la larmichette
Pour la première fois de ma vie, je me suis dégoutée de mon futur métier. Ma patronne, Alina Radu, m’envoie au Cimetière tout en haut de la rue Armeneasca. Je dois y photographier la commémoration organisée en l’honneur du grand poète disparu l’année dernière, Grigore Vieru. Par des températures que je trouve plutôt extrêmes, je me retrouve collée aux proches du défunt pour les figer au moment crucial. Quand vont-ils craquer ? Vont-ils seulement pleurer ? Je suis prête à immortaliser leur souffrance. C’est un sentiment fascinant et effrayant qui s’installe en moi. Une sorte de voyeurisme assez dégoûtante. Je me demande alors, à cet instant précis, si c’est vraiment ce métier que je souhaite faire…N’y a-t-il que cela qui intéresse le lectorat ? Voir les autres souffrir ?
Bon ressaisissons-nous, la journée n’est pas encore finie. En effet une nouvelle surprise m’attend. Ce soir je visite le studio de PRO TV. Un vrai régal. Voir l’envers du décor est très intéressant. D’autant plus que je n’avais jamais visité un plateau de télévision auparavant. J’ai eu la possibilité de voir le plateau du “JT“ et celui de “In Profunzime“, la rédaction, la radio Pro FM, et les cabines de montage. Ce soir, c’est le Premier Ministre Vlad Filat l’invité. Un petit tour en régie, histoire de comprendre comment le tout est orchestré. Et voila ma journée achevée.
Mardi : Si ce n’est pas de la soupe, qu’est-ce que c’est ?
Encore une journée qui commence par un coup de froid. Et une petite heure sous la neige, une ! Vous l’avez surement deviné, ce matin j’étais encore de reportage en extérieur. Juste avant, j’ai eu l’occasion d’assister à une messe donnée à l’église de la Bienheureuse Sainte Teodora de la Sihlla, tout à côté de la Casa Presei. Je trouve les églises orthodoxes très jolies à l’intérieur comme à l’extérieur. Leur architecture me plait beaucoup. Les peintures qui décorent les murs sont également très belles. C’est plutôt divertissant de les analyser tour à tour durant l’office… Bon, arrêtons de rêvasser, un peu de concentration ! On m’a demandé de ramener des photos de la bénédiction de l’eau. Un rituel assez insolite. Il y avait des personnes âgées agglutinées autour d’une table sur laquelle étaient disposés tous les récipients contenant l’eau, agrémentés de bougies et de sortes de fleurs séchées. À l’autre bout, des prêtres que je commence à bien connaitre et pour cause, je les ai pris de nombreuses fois en photo. C’est parti pour la séance photos. Une autre bonne occasion de faire des portraits sans que les gens se cachent le visage, me soupçonnant d’être une espionne. Je shoote tout, sous toutes les coutures. J’ai trouvé très jolies les mains qui cerclent les bougies pour ne pas qu’elles s’éteignent, j’espère que mes collègues choisiront cette prise de vue pour l’édition de jeudi.
Ce midi j’ai eu le droit à un petit débat culinaire. Enfin plutôt des explications scientifico-culinaires. Sur le fait que le Borsch n’est pas une soupe. De mon point de vue, si c’est liquide et pas dans un verre, c’est de la soupe ! La différence réside dans la façon de préparer ce plat, me dit-on. D'accord, je veux bien. Mais bon, ça ne ressemble pas à des pâtes, ni de la viande, c’est de la soupe non ? Non ? D’accord…
Mercredi : Jour de Bouclage.
Le mercredi, la rédaction du "Ziarul de Garda" est en pleine effervescence. C’est le jour de bouclage. Le journal parait tous les jeudis, il faut donc tout finir avant le fatidique mercredi soir. Mes collègues s’entre aident pour la relecture, on s’active dans toutes les pièces, Nicu carbure comme un forcené à la mise en page. De temps à autre, depuis leur bureau, mes supérieurs crient un prénom. Le désigné se lève et galope vers eux afin de savoir ce qu’on lui veut. De retour, il se rassoit en soupirant. Il a déjà oublié la fin de la phrase qu’il souhaitait écrire.
Nous trouvons tout de même le temps de partager un repas tous ensemble dans le bureau. Vin traditionnel, placinte, viande et poisson. Une occasion pour ce buffet surprise? Eh bien non ! J’adore vraiment travailler ici ! Il me semble impossible de retrouver une rédaction comme celle-ci en France. Alina me demande avec amusement si les rédactions françaises boivent du vin en milieu de journée comme ça ? Je lui réponds que oui…mais chacun des collègues dans son coin le midi.
Je découvre ensuite, dans l’après midi, un monument de ridicule. Il a pour nom : Pavel Turcu. Ça c’est de la musique haut de gamme ! Une symphonie de finesse… Lors de mes recherches sur ce pauvre bougre, je suis tombée par hasard sur une vidéo youtube l’érigeant en «héros». Je m’aperçois que monsieur Turcu excelle aussi dans l’art de la modestie. Et dire que ces fans louent chez lui la simplicité, et l’humilité. Quelques secondes de visionnage de la danse accompagnant sa chanson me suffisent pour rire un bon quart d’heure. On me dit que la blogosphère moldave le voyait déjà comme le représentant idéal de la Moldavie. Et je pense songeuse aux "Zdub si Zdob" finissant 6ème à l’Eurovision. Je me demande si Pavel Turcu n’était pas un simple canular.
Jeudi : Profitons au maximum.
Je commence à ressentir de la tristesse au fur et à mesure que s’approche de la fin de mon stage. Dans sept jours je quitte déjà la Moldavie. C’est comme ci ces deux mois n’avaient duré qu’une semaine. Je repense à toutes les rencontres que j’ai faites ici. Je n’ai croisé la route que de gens extraordinaires. Mes supérieurs : Alina, Aneta, Petru. Mes collègues proches (Nicu, Pascalino, Tatiana, Victor, Tania) et les autres, tous ceux qui m'ont prise pour une des leurs (Vasile, Valentina, Sandu, Lina, Corina, Angela et j'en oublie…). Mes amis : Constantin, Denise et sa bande, Stefan, Cristian, Paula. Je pense à l’incroyable opportunité que j’ai eue de visiter les endroits clefs de Moldavie: le Parlement, le Gouvernement, les sièges d’importantes organisations. Les personnalités de ce pays que j’ai pu croiser, que j’ai immortalisées, auxquelles j’étais présentée. Les médias vus de l’intérieur, réception à bras ouverts : Radio Europa Libera, VIP Magazine, Timpul, Pro TV, Jurnal TV (en franco-moldave "Je Te Veux") et je n'ai pas fini…
J’emporterai avec moi un souvenir inoubliable de la Moldavie. On dit qu’on découvre une partie de soi lors de chaque voyage. La Moldavie m’a dévoilé la part professionnelle chez moi qui ne demandait qu’à sortir. Mes débuts significatifs en journalisme je les ai faits ici. Ma première carte de presse. C’est ici que je l’ai reçue. La première photo que j’ai vendue, c’est ici aussi. Je commence à me dire que si les choses tournent mal pour moi en France, je reviendrai faire carrière en Moldavie.
Je passe de la peine à l’énervement. En traversant une rue, je glisse sur de la glace et me retrouve par terre avant même avoir pu comprendre ce qu’il se passait. Heureusement, aucune voiture ne passait par là à ce moment! Pas de casse de matériel, petit mal aux fesses, pas le temps de s’attarder, j’ai du pain sur la planche.
Vendredi : Friday morning…aspirine
Réveil très difficile ce matin. Je ne prends même pas la peine de faire mon habituelle petite gymnastique matinale quotidienne. Celle-ci me permet, en temps normal, de sortir de ma léthargie. C’est mon petit rituel de réveil. NON ! Aujourd’hui je ne veux pas sortir de ma bulle, je ne suis pas motivée, je traine les pieds jusqu’à la Casa Presei en écoutant la musique très fort. Mon lit me manque.
Zut ! Plus de café au boulot. La journée commence mal. 12 emails m’attendent déjà sur ma messagerie. Je prends mon courage à deux mains et mets au travail. 10h15 mon premier collègue arrive. Le vendredi, c’est plutôt relax en termes d'horaires. Comme tous les jours, je survole la presse française à la recherche d’idées à proposer à la rédaction. Des travaux commencent au bout du couloir. Ils rénovent je ne sais quoi à coup de scie électrique ou de ponceuse, c’est très bruyant ! Ma concentration s’envole et un mal de crâne s’installe. Je n’aurais pas dû faire la fête hier soir. Courage, c’est le dernier jour.
P.S. NON, je n'ai pas la gueule de bois. Je suis juste triste de partir…






















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