Jeudi 26 novembre 2009 4 26 /11 /Nov /2009 10:36

Il est de ces expériences qui marquent l’esprit. Mon séjour à Berlin en fait partie. En route vers la capitale allemande, je pensais seulement couvrir les évènements organisés pour la commémoration de la chute du Mur. Comme beaucoup d’étudiants, je suis moi aussi fauchée. C’est donc via Couchsurfing que j’ai choisi de me loger. Mon hôte se trouva être un véritable alter-égo. Nos goûts, références et notre imaginaire étaient similaires. Le parfait duplicata. Il me fit découvrir les squats d’artistes (du Cassiopea jusqu’au XB Liebig), les brunchs le dimanche midi dans des cuisines communautaires (Vetomat), le punk alternatif berlinois, les manifs et action anti-fa(sciste). Nous avons refait le monde les soirs de grosses cuites. L’ivresse plus qu’atteinte, nous avons parfois fabulé sur la présence hypothétique d’espions déguisés en chiens errants. Il m’a ouvert les yeux sur beaucoup d’aspects de Berlin que peu de touristes ont la chance de connaître. Nous nous sommes également découvert une passion commune : les endroits abandonnés. Il m’en indique un en particulier.


C’est là que mon histoire commence. Au sanatorium centenaire de Beelitz Heilstätten. Situé au sud-ouest de Berlin, cet endroit m’a inspiré comme aucun avant lui. Hôpital militaire pour l'armée allemande, puis soviétique, il est actuellement utilisé dans la zone nord-est comme clinique de réhabilitation neurologique, mais dispense aussi des soins aux personnes atteintes de la maladie de Parkinson. Le sud, quant à lui, se transforme peu à peu en charmante zone résidentielle (quel gâchis !).


L’épiphanie

C’est donc au sein de la zone nord-ouest que j’ai trouvé la perle rare. La Charogne de Baudelaire est encore loin de ce que l’on peut éprouver face à ce genre d’endroit. C’est un gigantesque Disneyland au style Beaux-Art inquiétant et dérangeant. Tout y est détruit, moisi, abandonné. C’est un quartier fantôme qui m’a fait ressentir un mélange de voyeurisme, d’excitation et peur.  Les vitres y sont toutes brisées, les escaliers parfois manquants et, sur les toits effondrés, il n’est pas rare que la nature reprenne ses droits. Des interdictions d’entrer et des mises en garde sont affichées, qu’importe, ce lieu fascinant vaut toutes les entorses. Au grès de votre parcours tomberez peut être sur des tournages de film (Le Pianiste y a été fait en 2002) voir même de pornos. Des photographes amateurs et pros surgissent parfois de nulle part. Il y a même de petits vieux, ayant eu un parent patient dans cet hôpital, en pèlerinage avant la disparition du site.


Au cours de mon exploration je vais de découverte en découverte. Des journaux russes tapissent certains murs. Quelques tags agrémentent ou parfois dégradent le décor. Des rudiments de mobiliers sont encore présents çà et là, souvent déplacés par mes prédécesseurs à des endroits clefs rendant le processus photographique plus rapide quoique impersonnel. Un amphi déglingué excite mon imaginaire. Dans le bloc opératoire, un vieux projecteur pendouille encore tristement au-dessus d’un lit rouillé. Au rez-de-chaussée d’une des bâtisses une table d’autopsie est encore là.  Après six heures de vagabondage j’achève mon exploration. Et c’est avec 600 photos que je rentre chez mon hôte, encore sonnée par cette expérience. Il aura fallu deux semaines pour vous rendre ma copie. J’espère que mon travail vous plaira.

Ici se déroule la suite.

Partie deux pour les insatiables.

Par Ceska - Publié dans : Photographie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Présentation

Derniers Commentaires

Recherche

Catégories

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés